vendredi 3 septembre 2010 - n°865

Grenelle de l’environnement : La France daltonienne ?

En matière d’énergies renouvelables, la France a peu de chances de devenir un jour le leader européen rêvé par le président de la république. © Freefoto
Dans son discours de clôture du « Grenelle de l’environnement », le président de la République a estimé que la France était bien placée pour assumer un véritable « leadership » européen en matière de développement durable. Une idée qui fait sourire nos voisins européens, qui ont beau jeu de rappeler le retard conséquent de la France dans les domaines du tri sélectif, des énergies renouvelables, de l’habitat à efficacité énergétique ou des transports alternatifs. Bref, alors que presque tous les voyants sont au rouge, le chef de l’Etat voit tout en vert.
«  La France n’est pas en retard. Mais désormais elle veut être en avance et elle veut être exemplaire ! » L’aplomb avec lequel le président de la République a vanté, à l’issue du « Grenelle de l’environnement », le bilan environnemental d’une France qui, selon lui, « n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait jusqu’à présent  », a suscité quelques réactions éberluées de la part de nos voisins européens.
Du moins, chez ceux d’entre eux qui avaient conscience qu’une « révolution », qu’un « New Deal écologique » se déroulait si près de chez eux.
Car, comme l’a signalé une enquête du « Nouvel Observateur », le « Grenelle » n’a quasiment rencontré aucun écho en dehors de nos frontières. Plusieurs grands quotidiens européens - Die Welt, The Times, La Repubblica -, n’étaient apparemment même pas au courant d’un évènement dont la portée a été qualifiée par les rares médias étrangers présents sur place de purement « franco-française ». Medias qui ont souvent déploré l’attitude un rien donneuse de leçon de la France, pourtant sèchement rappelée à l’ordre par Bruxelles le 17 octobre pour ses nombreuses infractions à la législation européenne en matière de pollution de l’air, de performance énergétique des bâtiments ou de risques chimiques.
Car vu de Suisse, d’Allemagne, et, a fortiori, des pays nordiques, la mise en application des mesures du « Grenelle » - encore hypothétique faute de financements -, n’est rien de plus qu’une occasion pour la France de refaire son retard.

Lettonie : déjà 45 % d’énergies renouvelables

En effet, bien que le président de la république se soit félicité du fait que, grâce au nucléaire, « nos émissions de gaz à effet de serre sont inférieures de 21 % par habitant par rapport à la moyenne européenne », pour le reste, le bilan environnemental de la France n’est pas franchement « exemplaire ».
En matière de tri sélectif et de recyclage des déchets, la France ne récupère par exemple que 44 % de son papier, contre 50 % en moyenne en Europe, et 71 % en Allemagne.
L’ambitieux programme annoncé à l’issue du Grenelle en matière d’efficacité énergétique dans l’habitat ne peut masquer quant à lui le fait qu’aucun bâtiment à énergie positive n’a encore vu le jour en France, alors que ceux-ci fleurissent outre-Rhin et dans le Nord de l’Europe.
En matière d’énergies renouvelables, dont le chef de l’Etat veut faire de la France le « leader  » incontesté, il y a encore loin de la coupe aux lèvres.
Avec seulement 7 % d’énergie primaire d’origine renouvelable, la France atteindra difficilement les 20 % exigés par l’Union Européenne à l’horizon 2020. Quant à devenir leader européen, la proposition fait sans doute sourire en Suède (déjà 31 % d’énergies renouvelables) et plus encore en Lettonie (45 %).

La France, leader européen...de la pollution aux pesticides

La France peut-elle au moins nourrir quelque espoir de devenir le « leader » des pays « latins », la comparaison avec les pays nordiques n’étant décidément pas à son avantage ?
Rien n’est moins sûr. Le Portugal en est déjà à 18 % d’énergies renouvelables, et l’Espagne s’est lancée avec succès sur la voie de l’électricité éolienne (deuxième producteur européen derrière l’Allemagne) et s’équipe massivement dans le domaine du solaire.
La France, démunie par rapport à ses voisins dans le domaine du fret ferroviaire et fluvial, n’est pas non plus particulièrement en avance en matière de transports « propres ».
Il est néanmoins un domaine où elle est belle et bien championne d’Europe : c’est celui de la pollution aux pesticides.


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