vendredi 3 septembre 2010 - n°865

Bâtiment : Le défi de la rénovation thermique

A partir de 2012, tous les bâtiments neufs devront avoir réduit par quatre leur consommation d’énergie. © Ian Britton
Le Grenelle de l’environnement a adopté pour le secteur du bâtiment des objectifs d’économie d’énergie ambitieux, notamment dans le domaine de la rénovation thermique des logements existants. Pour soutenir l’effort financier des particuliers, les dispositifs actuels (crédit d’impôt, livret de « développement durable »…) devraient être renforcés, tandis que le ministre de l’écologie a évoqué, lors d’une visite au salon de la construction « Batimat », la possibilité d’instaurer un « prêt énergie » sur le modèle allemand.
En proposant de généraliser dès 2012 la basse consommation énergétique dans les bâtiments neufs (au maximum 50 kWh/m2/an), et de soutenir un vaste programme de rénovation thermique dans l’ancien, le « Grenelle de l’environnement » a placé la barre assez haut dans le secteur du bâtiment.
L’objectif est-il réaliste ? « Pour le neuf, on ne sera peut-être pas en mesure d’atteindre l’objectif à l’échéance qui a été fixée. Mais si le gouvernement nous accompagne, on est prêts à relever le défi. Pour la rénovation thermique de l’ancien, il va falloir acquérir de la technicité, trouver de nouveaux matériaux, innover, et recruter près de 200 000 artisans supplémentaires », estime Jean Lardin, président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb). Même effort de recrutement envisagé du côté de la Fédération Française du Bâtiment (FFB), dont le président Christian Baffy annonce entre 100 et 120 000 embauches supplémentaires assorties d’un vaste programme de formation, « puisque le périmètre de nos métiers va considérablement changer. »
Si l’Etat s’est engagé à l’issue du « Grenelle » à adapter la formation professionnelle aux nouvelles exigences de la rénovation thermique, la question du coût des travaux pour les particuliers reste en chantier.

Renforcer les crédits d’impôt

Pour la Capeb, la rénovation thermique des 31 millions de logements existants, afin d’amener leur consommation énergétique à 50 kWh/m2/an, représenterait une dépense totale de 600 milliards d’euros, soit 15 à 20 000 euros par foyer en l’absence de financement extérieur. « On mettra les moyens qu’il faut, c’est un enjeu de finance publique : nous allons mettre en place des prêts « énergie », comme les Allemands, pour que tout le monde puisse entrer dans l’économie d’énergie », assure Jean-Louis Borloo, ministre de l’écologie, au terme de sa visite, hier matin, du salon international de la construction « Batimat », qui se tient à Paris jusqu’au 10 novembre.
Un prêt « énergie », c’est quoi ? Selon Carole le Gall, directrice « air, énergie, bruit » de l’Ademe, « l’idée, c’est d’aller si possible vers des prêts à taux zéro pour la rénovation thermique. Mais ce n’est pas la seule mesure d’accompagnement des particuliers envisageable. Pour atteindre les objectifs du Grenelle, il va de toute façon falloir au moins doubler tous les efforts et les moyens existants à l’heure actuelle.  »
Parmi les outils de financements qui pourraient être renforcés pour aider les propriétaires de logements anciens à respecter les nouvelles normes thermiques, figurent : le crédit d’impôt dédié au développement durable et aux économies d’énergie, qui promeut l’achat de systèmes de chauffage ou d’isolation performants ; le « livret de développement durable » (ex-Codevi), qui permet d’affecter une partie de l’épargne à des prêts aux particuliers qui veulent améliorer l’efficacité énergétique de leur logement ; la réévaluation des tarifs d’achat par EDF de l’électricité photovoltaïque des particuliers, aujourd’hui fixé à 55 centimes d’euros par kWh.

 Un comité de pilotage dès vendredi

Une mesure à laquelle serait bien sûr favorable Fréderic Audureau, responsable commercial du fabricant de toitures photovoltaïques « Solar Composites », présent sur le salon Batimat.
Pour lui, le Grenelle est « l’occasion de mettre en phase le discours politique et les actes en matière de soutien aux énergies renouvelables et aux systèmes thermiques performants. Car derrière les paroles, la vérité c’est que les aides aux particuliers ont diminué, et que la TVA est passée de 5,5 à 19,6 %. Espérons que nous allons enfin y voir un peu plus clair. »
Un comité de pilotage, destiné à étudier la mise en œuvre concrète des propositions du Grenelle relatives à la rénovation thermique « sera mis en place dès vendredi », a indiqué Jean-Louis Borloo.


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