Les résultats partiels d’une étude menée par l’association CRIIREM, Centre de Recherche et d’Information Indépendantes sur les Rayonnements ElectroMagnétiques, révèle une hausse des maladies graves (leucémie, cancers du sein et de la thyroïde, …) et des gênes au quotidien (irritabilité, maux de tête, insomnie) pour les riverains vivant à proximité des lignes à très haute tension (THT), soit celles de 2 x 400.000 Volts.
Ces résultats renvoient aux inquiétudes sur la nocivité des rayonnements électromagnétiques en général, que ceux-ci proviennent des lignes THT, des téléphones portables ou d’autres sources de rayonnements. Pour Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat à l’Ecologie, interrogée par Le Parisien, « c’est un sujet émergent. On a eu trop tendance à dire qu’il n’existait pas. Je voudrais que l’on fasse plus de recherches sur le sujet ».
L’étude
L’enquête du CRIIREM a été commandée par le collectif Stop THT, un regroupement d’associations opposées au projet de ligne THT Cotentin-Maine, lié au futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville. En janvier et février, elle a mobilisé 300 bénévoles qui ont soumis 8000 questionnaires à des riverains « exposés », ceux vivant à proximité d’une ligne THT et « non exposés ». Après avoir étudié 350 dossiers, le CRIIREM souligne quelques tendances émergentes.
A côté du dysfonctionnement d’appareils électriques et électroniques, Pierre Le Ruz, Docteur en physiologie et directeur scientifique du CRIIREM, souligne des « problèmes de santé focalisés sur des troubles du sommeil, de la mémoire, de l’audition, mais aussi des maux de tête, de l’irritabilité et des états dépressifs » qui tendent à disparaître à mesure de l’éloignement de la zone affectée par la ligne THT, mais aussi un plus grand nombre de « maladies graves ayant fait l’objet de traitements lourds, d’actes chirurgicaux et des cancers » chez les riverains exposés. L’étude prend également en compte les élevages et émet l’hypothèse de nuisances sur les animaux et la production des exploitations.
Le choix des normes
Catherine Gouhier, responsable technique et mesure du CRIIREM, explique que « les rayonnements électromagnétiques causent deux types d’effet ». A de grandes puissances de rayonnement (à partir de 100 microteslas), les effets sont aigus et thermiques, entraînant des brûlures, tandis qu’à de faibles puissances, les effets sont athermiques et donc moins visibles mais « conduisent à la modification de certains paramètres physiologiques ». Ces effets sont dus « une exposition de longue durée à des niveaux plus faibles » (cas du téléphone portable).
La recommandation de la Commission européenne du 12 juillet 1999 indique une valeur de 100 microteslas afin d’éviter tout effet aigu nocif pour le système nerveux central. « La Commission a fait le choix, sous la pression des lobbies, de ne prendre en compte que les effets aigus et a donc déterminé un seuil limite d’exposition à 100 micro teslas » explique Catherine Gauhier, alors que le Parlement européenne prend en compte les effets à long terme et détermine une limite à 0,25 micro tesla.
Un problème de santé publique
A partir de 0,4 micro tesla, des effets biologiques et/ou physiologiques sont à craindre. En 2004, le niveau de 0,4 micro tesla est avancé comme seuil de précaution pour prévenir des leucémies chez les enfants exposés. « Dans les habitations et les locaux proches des lignes à haute et très haute tension, des lignes TGV ou des transformateurs, l’induction magnétique relevée varie de 0,5 à 40 micro Teslas » notait déjà Pierre Le Ruz en 2006.
Pour autant, des législations tardent à être mises en place. Les recommandations pour limiter l’usage par les enfants des téléphones potables sont ignorées des opérateurs qui font des plus jeunes une cible à part entière. Et quand la réglementation suggère, pour la construction d’habitation, une distance minimale de 80 m par rapport aux lignes THT, elle n’est pas respectée par les préfets. Dans le Parisien, Nathalie Kosciusko-Morizet a annoncé son intention de « proposer une circulaire invitant les préfets à mettre plus systématiquement en oeuvre » la possibilité de réglementer les permis de construire à proximité de ces lignes.
Militant depuis plusieurs années pour la reconnaissance de la nocivité des rayonnements électromagnétiques, le CRIIREM recommande une révision des normes en faveur de celles adoptées par la résolution du Parlement européen.