Lors de la séance des questions d’actualité au Sénat, jeudi dernier, Michel Barnier, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, a dit vouloir demander à l’Union européenne de lancer une « initiative européenne pour la sécurité alimentaire » dans le monde. « Je travaille, avec M. Kouchner, à une initiative européenne pour la sécurité alimentaire, sujet que j’évoquerai dès lundi, à Luxembourg, devant les ministres européens de l’agriculture et de la pêche. Quels en sont les axes ? Produire plus et mieux, d’abord, en donnant priorité à la production alimentaire ».
Une situation alarmante
Depuis plusieurs semaines, la hausse des prix des matières premières alimentaires entraînent des « manifestations de la faim » dans le monde, au Mexique, en Egypte, au Yémen, au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, ou encore en Haïti. Selon les données de l’ONU, les prix alimentaires ont globalement augmenté de 35% entre fin janvier 2007 et janvier 2008. Pour l’année 2007, la FAO, organe de l’ONU en charge de l’alimentation et de l’agriculture, estime à 80% la hausse du prix des produits laitiers et à 42% pour les céréales.
« La majorité des experts estiment que les prix élevés sont là pour longtemps » souligne Lennart Bage, président du Fonds international pour le développement agricole de l’ONU. « La flambée des prix alimentaires constitue une menace pour les progrès accomplis ces derniers temps en vue de réduire la pauvreté et de résorber la malnutrition » a déclaré le Groupe de la Banque mondiale dans une note d’orientation publiée le 9 avril.
C’est la combinaison d’une production réduite due au changement climatique, des niveaux des stocks historiquement bas, d’une consommation plus grande de viande et de produits laitiers dans les économies émergentes, d’une demande accrue pour la production de biocarburants et du coût plus élevé de l’énergie et du transport, qui est pour Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, à l’origine de la flambée des prix.
Les appels aux dons de la FAO
Face à cette situation, Robert Zoellick, président de la Banque mondiale, a appelé à un « New Deal » alimentaire mondial. « Nous autres membres de la communauté internationale devons réunir nos forces non seulement pour fournir un appui immédiat, mais pour aider les pays à définir des mesures et politiques en vue de réduire l’impact de cet état de fait sur ceux qui, dans le monde, sont le plus vulnérables » a-t-il poursuivi.
Dans ce contexte, la FAO a lancé l’Initiative visant à lutter contre la flambée des prix des denrées alimentaires (IFPA). L’organisation va fournir aux pays en développement une assistance technique pour aider les agriculteurs vulnérables à accroître leur production. Mais pour aider les agriculteurs des pays pauvres à doper la production, la FAO a besoin de fond et ne cesse de lancer des appels aux dons.
Selon une première estimation, les financements supplémentaires requis pour mettre en oeuvre les programmes et projets dans ces pays se situeraient entre 1,2 milliard et 1,7 milliard de dollars.
Par ailleurs, l’organisation proposera une conférence, du 3 au 5 juin 2008, à Rome, sur la sécurité alimentaire mondiale et les défis du changement climatique et des bioénergies, visant à fournir aux chefs d’État et de gouvernement, nouveau forum pour examiner les défis pressants qui pèsent sur la sécurité alimentaire mondiale afin d’adopter les mesures nécessaires.