vendredi 3 septembre 2010 - n°865

Industrie du sport : Les salariés, grands perdants des J.O

Le rapport de Play Fair 2008 dénonce les conditions des travailleurs asiatiques de l’industrie des vêtements et chaussures de sport. ©Flickr
Alors que le compte à rebours vers les Jeux Olympiques de Pékin a commencé, trois organisations non gouvernementales publient un rapport accablant sur les conditions de travail et les salaires des ouvriers de l’industrie des vêtements et chaussures de sport, dont plusieurs marques participent à l’événement. Les associations demandent notamment au Comité international Olympique de s’engager à soutenir les droits fondamentaux des travailleurs et de veiller à ce que ces droits soient respectés par toutes les entreprises auxquelles une licence olympique a été accordée.
« Les travailleurs fabriquant les produits vendus par les leaders du marché tels qu’Adidas, Asics, New Balance, Nike et Puma sont toujours payés une misère alors que les bénéfices des ces sociétés atteignent des centaines de millions, voire des milliards de dollars  » s’est indigné Neil Kearney de la Fédération internationale des travailleurs du textile, de l’habillement et du cuir ( FITTHC), à l’origine d’un rapport accablant sur l’industrie des vêtements et chaussures de sport. Réalisé avec deux autres organisations non gouvernementales (la Campagne vêtements propres et la confédération syndicale internationale), réunies sous l’alliance « Play Fair », l’étude dénonce les conditions de travail et les salaires des ouvriers de ce secteur, dont plusieurs marques participent aux Jeux Olympiques de Pékin.

Des heures supplémentaires excessives


Sur la base des témoignages de plus de 320 travailleurs de l’industrie des vêtements et chaussures de sport en Chine, Inde, Thaïlande et en Indonésie, le rapport (1) montre que les violations des droits des travailleurs sont toujours d’actualité, notamment dans les usines Adidas, sponsor des Jeux de Pékin et de Londres, ainsi que de nombreuses sélections olympiques. Les ONG attirent tout particulièrement l’attention sur Yue Yuen, le fabricant hongkongais méconnu qui produit une paire de chaussures sur six dans le monde et compte des marques telles qu’Adidas, Nike et New Balance parmi ses clients les plus importants. L’un de ses ouvriers qui travaille pour New Balance, à Dongguan, en Chine, révèle en effet dans le rapport : « Je suis mort de fatigue. Tous les deux nous devons coller 120 paires de chaussures par heure… Nous travaillons sans relâche et avons toujours peur de ne pas travailler assez vite pour fournir les semelles à la chaîne de fabrication suivante… Nous sommes fatigués et sales ».

Des salaires trop bas


L’étude dénonce également la condition des travailleurs cousant les ballons en Thaïlande, en Inde et en Chine. Dans l’usine Joyful Long, par exemple, en Chine, qui fournit Adidas, Nike, Umbro et Filla, les heures supplémentaires pourraient atteindre, selon les ONG, 232 heures par mois et le salaire moyen serait inférieur à la moitié du salaire minimum légal. « Malgré des codes de conduite adoptés depuis plus de quinze ans par la plupart des grandes marques de vêtements et de chaussures de sport, le rapport de Playfair2008 montre que les travailleurs doivent faire face à une extrême pression pour respecter les quotas, à des heures supplémentaires excessives, non notées sur les registres et non payée, à des agressions verbales, à des risques pour leur santé et leur sécurité et à un manquement à l’obligation légale de souscription d’assurances maladie et autres » résume l’alliance Play Fair.

Des mesures pour en finir avec la précarité


Pour en finir avec cette situation, les organisations ont soumis aux diverses parties prenantes, dont le Comité international olympique (CIO), les gouvernements et l’industrie, « un ensemble de demandes qui soulignent également l’importance du salaire vital, d’une relation d’emploi formellement reconnue et d’une action concrète en faveur de la liberté d’association et de la négociation collective ». L’alliance a par exemple, demandé au Comité international olympique (CIO) de s’engager à soutenir les droits fondamentaux des travailleurs exprimés dans la Charte Olympique et de veiller à ce que ces droits soient respectés par toutes les entreprises auxquelles une licence olympique a été accordée. De plus, elles souhaitent que le CIO établisse un mécanisme permettant la réception d’informations et de griefs concernant les abus et l’exploitation, ainsi qu’un système pour le traitement des problèmes identifiés.

Les industriels du secteur sollicités

Mais les organisations misent aussi beaucoup sur la bonne volonté des industriels du secteur : « pendant des années, les marques de vêtements et de chaussures de sport ont insisté sur le fait qu’elles ne pouvaient pas augmenter les salaires de manière unilatérales, mais nous sommes convaincus que, collectivement, elles le peuvent. (…) En agissant ensemble et en montrant la voie au secteur en matière de salaire et autres sujets sensibles, la fin de la misère vécue par les travailleurs est possible » a expliqué Jeroen Merk de la Campagne vêtements propres. Le groupement Playfair a d’ailleurs invité, en juin, les leaders de l’industrie à participer à une réunion à Hong Kong pour discuter du suivi qu’ils comptent donner aux propositions de Play Fair.
(1) Le rapport, intégralement disponible sur le site de Play Fair, s’intitule « Surmonter les obstacles : mesures pour améliorer les salaires et les conditions de travil dans l’industrie mondiale des vêtements et chaussures de sport ».


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