vendredi 3 septembre 2010 - n°865

Carburants : Ca roule pour l’huile de friture

Les adhésions à roule ma frite sont passées de 250 à 450 en quelques mois mais pour les particuliers, rouler à l’huile recyclée reste interdit en France...pour le moment. ©Garraud Pauline
Avec l’envol du prix du gazole, de plus en plus d’agriculteurs mais aussi de particuliers se tourne vers l’huile de friture. Une solution certes économique mais au bilan écologique contrasté.
C’est un fait, le recyclage de l’huile de friture à la patate. Car face à l’envolée des prix du gazole, de plus en plus d’agriculteurs et de particuliers se tournent vers cette solution pour réduire leurs coûts. «  Les adhésions à l’association croissent à un rythme exponentiel » constate Grégory Gendre, coordinateur de l’association « Roule ma frite 17 » à Oléron, qui collecte dans les restaurants locaux l’huile de friture usagée pour la filtrer et la revendre à ces adhérents entre 70 centimes le litre et parfois 40 centimes pour les adhérents qui ramène eux-mêmes leur huile usagée.
Créée à Marseille fin 2004, la structure, qui compte plusieurs antennes en France (Oléron, Lyon, Eyzin Pinet dans le 30...), devrait d’ailleurs passer d’ici la fin de l’année de 7 à 15 salariés.
L’huile s’utilise quant à elle mélangée avec du gazole à hauteur, selon les moteurs de 30 à 50 %. Il est même possible de rouler entièrement avec de l’huile de friture usagée après avoir effectuée les modifications nécessaires sur son véhicule diesel, dont se charge « roule ma frite » pour 800 euros.

Quid des émissions de gaz ?

Mais pour Gabriel Gendre, l’objectif de l’association est surtout de répondre à des préoccupations environnementales. «  La récupération de proximité assure une traçabilité et permet de diminuer les rejets des huiles de friture dans les canalisations. La récupération permet également de limiter les trajets entre restaurants et déchetteries et réduit d’autant la part de CO2 émise par ces transports. Enfin, lors de ces tournées nous menons de nombreuses actions de sensibilisation auprès de l’hôtellerie de plein air afin qu’elle réduise par exemple son utilisation de la barquette de frite en plastique contre celle fabriquée à partir de déchets végétaux ».
« L’objectif de roule ma frite, c’est de recycler une huile qui, sinon, se retrouve dans la mer et tue la vie marine » ajoute-on à l’antenne marseillaise.
Reste pourtant un inconvénient de taille : lors de la combustion, l’huile de friture dégage de l’acroleine, un gaz cancérigène. «  Mais il faudrait avoir ne nez collé à son pot d’échappement pour que cela soit dangereux » avance Grégory Gendre. « L’acroléine se déclenche lors de la combustion. Ainsi, une friteuse émet de l’acrolyne, ajoute l’antenne de Marseille.Différents procédés sont cependant en cours d’études pour réduire ce taux lors de la combustion ».

Une demande qui s’institutionnalise

Malgré cela, l’huile de friture a plus que jamais le vent en poupe puisqu’à la Rochelle, une station de filtrage de 100 000 litres par an vient d’être mise en place par roule ma frite pour le compte de la Communauté d’Agglomération. « Cela devrait permettre d’alimenter les voitures de la collectivité, qui souhaitait réduire son empreinte carbone » explique Grégory Gendre. La Rochelle doit maintenant attendre l’autorisation officielle pour faire rouler ses véhicules.
Une directive européenne du 8 mai 2003 encourage les Etats membres à élargir la liste des carburants alternatifs autorisés sur leur territoire et à ce titre autorise l’huile de friture usagée. Mais en France, elle reste pour le moment interdite. Cet été, sur RMC, le secrétaire d’Etat chargé des transports Dominique Bussereau a cependant indiqué que la législation allait évoluer.


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