
Pour Bertrand Puiffe, « la voiture individuelle n’est plus un modèle d’avenir dans les pays développés ».©DR
À l’heure où les constructeurs européens payent cher leur surcapacité de production, l’analyste financier spécialisé dans les valeurs françaises Bertrand Puiffe apporte son éclairage sur le devenir du secteur automobile.
À quoi attribuez vous la crise que traverse le secteur automobile ?
Il s’agit d’une crise de surcapacité. Les constructeurs ont, indépendamment les uns des autres, cherché à atteindre une taille critique qui leur permette d’être compétitifs face à la pression des marchés asiatiques. Ils ont voulu produire beaucoup pour produire à moindre coût, mais la demande en véhicules ne suit plus !
Dans ce contexte, les mesures de primes à la casse constituent-elles une véritable solution ?
Sur le court terme, ces mesures permettent de maintenir l’emploi, mais elles ne font que repousser le nécessaire repositionnement stratégique des constructeurs. Ces derniers qui vont non seulement devoir revoir à la baisse leur capacité de production, mais surtout refonder en profondeur leur offre pour répondre aux nouvelles exigences du marché.
Les constructeurs européens ont-ils la capacité de concurrencer leurs homologues asiatiques ?
Pour relancer leur activité, les constructeurs européens doivent s’efforcer d’éviter une concurrence frontale avec les pays produisant à bas prix, et miser sur l’innovation pour passer au modèle de l’après pétrole, un créneau plus à l’abri de la concurrence de ces pays du fait du prix élevé à l’entrée. La France compte par exemple des fabricants de batteries très avancés sur le plan technologique sur lesquels l’industrie automobile peut s’appuyer pour développer les véhicules hybrides ou à pile à combustible. Toyota a lancé cette révolution il y a cinq ans et est passé depuis du cinquième au premier rang mondial des constructeurs.
Sur le long terme, peut-on s’attendre à un déclin de l’automobile comme ce fût le cas du charbon ou cette industrie a-t-elle simplement besoin de se renouveler pour être en cohérence avec l’enjeu de développement durable ?
Je ne pense pas que le secteur de l’automobile soit globalement en déclin, mais plutôt en mutation. L’augmentation du niveau de vie dans les pays émergents va continuer à soutenir le secteur automobile. Toutefois, l’industrie des pays développés n’est pas apte à répondre à cette demande du fait d’une moindre compétitivité par rapport aux pays émergents. La crise va donc accélérer cette segmentation entre pays émergents et développés. Malgré le déclin possible de l’industrie automobile dans ces derniers, la croissance globale de l’industrie sera positive grâce au poids des pays émergents.
En plus d’une crise structurelle, n’y a-t-il pas une crise de l’automobile en tant que mode de transport ?
En somme, la voiture individuelle est-elle encore un modèle d’avenir ? En effet, face à l’augmentation du coût du pétrole et aux impératifs de réduction des émissions polluantes, la voiture individuelle n’est plus un modèle d’avenir dans les pays développés. Avec le développement des transports en commun, le ménage moyen va progressivement se tourner vers cette solution moins coûteuse et la crise actuelle va accélérer ce transfert. La voiture verte ne va, quant à elle, pas suffire à inverser la tendance, mais plus probablement à amortir la baisse structurelle des volumes. Il s’agit pour les constructeurs d’un modèle plus défensif qu’offensif.
Propos recueillis par Johannes Braun