vendredi 3 septembre 2010 - n°865

Négociations climat : Barcelone cristallise les tensions Nord-Sud

Yvo de Boer, secrétaire exécutif de l’UNFCC (United Nations Framework Convention on Climate Change) © Patrick Cros
A un mois de Copenhague, la Conférence de Barcelone aura permis, du 2 au 6 novembre, de mieux cerner les avancées et les obstacles qui persistent dans les négociations sur le climat. Les divergences d’intérêt Nord-Sud restent le principal point de blocage. Aux deux extrêmes : le Groupe des 77 et les Etats-Unis qui campent sur des positions diamétralement opposées, mais gardent toutefois la porte ouverte aux discussions. Tous ont conscience qu’un échec à Copenhague ne serait pas sans conséquence.
« L’action doit maintenant prendre le pas sur les discussions » a lancé Yvo de Boer, secrétaire exécutif de l’UNFCC, en clôture, vendredi 6 novembre, des cinq jours de conférence sur climat qui se sont tenus à Barcelone. Car les avancées concrètes se font attendre à seulement trente jours de Copenhague dont l’ambition est de sceller l’accord mondial qui doit succéder au Protocole de Kyoto. Le mot « urgence » était pourtant sur toutes les lèvres dans la capitale catalane. Aucun nouveau chiffre n’a pu être annoncé dans la lutte contre les émissions de CO2, repoussant toute entente éventuelle à l’ultime Sommet qui aura lieu dans la capitale danoise du 7 au 18 décembre. Malgré la bonne volonté affichée par l’ensemble des délégués présents, la tension était palpable. Au cœur de la polémique : les divergences d’intérêts et d’objectifs entre pays émergents et industrialisés qui ont trouvé leur point d’orgue lundi 2 novembre avec la menace de boycott du groupe Africain.

Vers un traité en 2010 ?

Malgré la tourmente, Yvo de Boer a affiché son optimisme dans la réussite d’un accord global en décembre. « Un traité ne pourra pas être finalisé, mais son architecture avec des décisions claires qui mettent en avant des objectifs chiffrés ». La phase de finalisation et de légalisation des textes se feraient alors en 2010. Ce capitaine du bateau « climat » rejette l’idée d’un échec, affirmant qu’un accord est la seule solution possible pour tous les partis. Il reconnaît que la tâche qu’il reste à accomplir est énorme, mais met en avant les nombreuses rencontres internationales encore à venir au cours des prochaines semaines, dont la visite en novembre de Barack Obama dans plusieurs pays d’Asie (Japon, Singapour, Corée du Sud et Chine). « Je ne pense pas que la réunion avec Hu Jintao débouchera sur une annonce concrète, mais elle devrait développer une compréhension mutuelle », explique Yvo de Boer.
À Copenhague, une entente possible devra passer en particulier par le délicat rapprochement de deux pôles que tout sépare aujourd’hui : les États-Unis et le Groupe des 77 qui comprend 130 états émergents dont la Chine et Singapour. Le premier n’envisage pas d’accord sans l’engagement de l’ensemble des pays de la planète (en particulier celui de pays en développement comme la Chine, l’Inde et le brésil) et tarde à se décider à voter un budget pour une réduction des gaz à effet de serre de 17% ou 20% part rapport à 2005 (soit environ 7% par rapport à 1990). L’autre demande avant tout l’implication et l’aide des pays riches, accusés d’avoir entraîné le monde dans le chaos climatique actuel, et réclame, soutenu par l’Afrique, une baisse d’au moins 40% des émissions de CO2 par rapport à 1990.

L’échec du G20

L’Union européenne a chiffré à 100 milliards d’euros par an d’ici à 2020 l’aide financière aux pays en développement pour réduire les émissions de CO2 et faire face aux conséquences du réchauffement climatique. Une somme qui serait financée en partie par les membres de l’UE, mais aussi par des aides publiques des autres pays développés et par les marchés de quotas de carbone. Mais pas plus que Barcelone, le G20-Finances, qui a rassemblé vendredi 6 et samedi 7 novembre les ministres des Finances et banquiers centraux des principaux pays développés et émergents, n’a réussi d’avancée concrète sur ce financement. L’enjeu est pourtant crucial pour l’avenir de la planète, selon tous les experts présents à Barcelone. « Copenhague peut et doit devenir le tournant d’un combat international contre le changement climatique, y a déclaré Yvo de Boer. Une forte combinaison d’implication et de compromis peut et doit permettre de le réaliser ».


Destinataire  :
(entrez l'email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)