vendredi 3 septembre 2010 - n°865

LEBB : la biodiversité érigée en valeur économique

Pavan Sukhved, chef de l’étude LEEB ©Gunnar Seijbold/Regeringskansliet
Pavan Sukhdev, économiste, vient de remettre à la Commission européenne son rapport d’étape sur « l’Economie des écosystèmes et de la Biodiversité ». A la veille du sommet de Copenhague, l’étude destinée aux décideurs politiques, suggère l’impératif d’une prise en compte de la biodiversité pour les choix de l’action politique, soulignant, à défaut, leur caractère destructeur irréversible pour l’humanité.
« Les services écosystémiques du récif corallien, tout depuis la défense côtière à la chambre pour les poissons, valent près de 170 milliards de dollars par an. Près d’un demi milliard de personnes sont dépendantes du récif corallien pour leur subsistance et plus d’un quart de toutes les espèces de poisson en sont dépendantes. » En septembre dernier, Pavan Sukhdev, l’économiste indien et orateur principal de la réunion de Strömstad, « Visions sur la biodiversité après 2010 », donnait un exemple du bénéfice économique, social et humanitaire de la biodiversité et des écosystèmes. Une manière de plaider auprès des décideurs politiques sur la nécessité de décisions pour faire face à la crise du récif corallien due à l’accumulation actuelle de gaz à effet de serre. Chef de l’étude LEEB, « l’économie des écosystèmes et de la biodiversité », il a remis à la Commission européenne, ce 13 novembre, son rapport intermédiaire destiné aux décideurs politiques. Il rendra la version complète de l’étude, commencée en 2007, pour la 10ème conférence des Parties de la Convention sur la Diversité biologique en 2010. Le rapport a pour but d’évaluer le bénéfice économique global de la biodiversité, les coûts de sa perte, et de comparer les coûts de l’inaction à ceux d’une conservation efficace. En 2008, la première partie de l’étude avait chiffré le coût de l’inaction à 7% du PIB mondial à l’horizon 2050.

Des défis...

Le rapport intermédiaire de Pavan Sukhdev met en exergue quatre terrains stratégiques d’action : la déforestation et la dégradation de nos forêts, la protection des récifs coralliens tropicaux, les politiques de pêche, le lien entre la dégradation des écosystèmes et la pauvreté. La déforestation et la dégradation des forêts constituent le défi majeur. Elles sont à l’origine de près de 20 % des émissions mondiales de CO2, soit plus que le total de tous les modes de transports cumulés. Quant au lien entre la diminution de la biodoversité, le rapport d’étape de 2008 précisait : « Nous avons cherché à déterminer quels étaient les bénéficiaires immédiats de la majeure partie des services rendus par les écosystèmes et la biodiversité et nous nous sommes aperçus qu’il s’agissait principalement des pauvres ». Il rappelait que les pertes dites de « capital naturel » sont généralement estimées ne représenter qu’un faible pourcentage du PIB mais que traduites en termes humains, « sur la base du principe d’équité, l’argument en faveur de la réduction de telles pertes gagne un poids considérable ».

...aux réponses

Le rapport destiné aux décideurs politiques nationaux et internationaux liste les terrains d’intervention premiers afin d’inciter tous les acteurs, Etats, collectivités territoriales, entreprises, société civile, à apporter des réponses dans le domaine de l’économie durable. Entre autres dans cette liste : réforme des subventions préjudiciables à l’environnement, mise en place d’instruments de labellisation et de marché, réglementation valorisant les biens et services des écosystèmes, sanctuarisation d’espaces protégés, investissement dans les infrastructures écologiques. 
Comment intégrer les valeurs de la biodiversité et des services écosystémiques, dans la vie économique ? A cette question, le rapport donne une réponse essentielle aux décideurs. Bien apprécier la valeur des ressources naturelles, de celles de la biodiversité et des écosystèmes comme donnée à intégrer dans les processus de décisions et à la nature des politiques choisies.

L’enjeu de Copenhague

Le rapport est catégorique. Tout effort pour réduire le processus en cours de réchauffement climatique est voué à l’échec si l’on n’intègre pas rapidement aux politiques conduites l’impératif de protection et de restauration de la biodiversité et des écosystèmes comme valeur ajoutée. Il conclut très clairement sur la nécessité d’un accord à Copenhague pour le financement d’actions conduisant à la réduction des gaz à effets de serre produits par la déforestation et la dégradation des forêts tropicales. Pour Pavan Sukhdev : « les ressources naturelles dont nous disposons (notre capital naturel) sont tout aussi importantes que celles que nous créons (notre capital matériel). La reconnaissance et la prise en compte de la valeur que représentent les bénéfices que ce capital naturel rapporte à la société doivent devenir une priorité stratégique. »


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