
Les équipementiers automobiles ont déjà perdu près de 35 000 emplois en 2009.©Renault
Les équipementiers automobiles devraient encore réduire leurs effectifs de 40 000 à 50 000 personnes au cours des deux années à venir d’après le rapport de la Commission Estrosi sur la sous-traitance. De quoi faire ressurgir le spectre des conflits syndicaux de 2009.
Au lendemain du jugement en appel des employés de Continental pour le saccage de la préfecture de Compiègne en avril dernier, voilà une nouvelle qui pourrait remettre de l’eau dans le gaz. Dans un article en date du 8 février , le quotidien les Échos révèle que le rapport réalisé à la demande du ministre de l’Industrie Christian Estrosi lors de la Commission sur la sous-traitance du mois de novembre, prévoit de nouvelles suppressions de postes chez les équipementiers automobiles en 2010-2011. Un sondage réalisé auprès de professionnels du secteur évalue ainsi les surcapacités à 25 000 emplois pour les activités de sous-traitance, et à 14 000 pour les équipementiers travaillant directement avec les constructeurs automobiles. En ajoutant à cela les perspectives d’évolution de la production automobile et les éventuels efforts de productivité, le rapport laisse craindre une perte totale de 40 000 à 50 000 emplois pour les deux années à venir dans un secteur qui a déjà perdu quelque 35 000 emplois l’an passé. « Nous considérons que la situation de la filière automobile est loin d’être réglée », résume Gabriel Artero, président de la fédération de la métallurgie CFE-CGC.
Vers de nouveaux conflits
Le rapport remis au ministre de l’Industrie a permis d’évaluer les conséquences de la crise de l’automobile sur un secteur de la sous-traitance hétéroclite. Parmi les activités touchées par la baisse des effectifs, la production de moules et d’outillages est la plus sensible. La Commission Estrosi s’attend en effet à une perte nette de 5600 emplois dans ce secteur, sur un total de 8100. 5300 postes sont également menacés dans le caoutchouc, dont l’effectif est cinq fois supérieur (46 500 postes). Plasturgie, emboutissage, électronique, fonderie, l’ensemble des activités de sous-traitance pour l’industrie automobile seront impactées, à l’exception de la forge qui devrait conserver ses 2900 emplois. Résultat : plusieurs grands acteurs du secteur se préparent d’ores et déjà à fermer des ateliers, à l’image de Goodyear, qui devrait prochainement engager un plan social sur son site d’Amiens Nord, où travaillent 800 personnes. Parallèlement, de nombreuses petites entreprises vont être condamnées à disparaître dans le silence. De quoi réveiller les vieux démons, selon Gabriel Artero, qui avertit que « les ingrédients sont de nouveau réunis pour que des conflits explosent ici ou là et soient de nouveau très médiatisés ».