Bonjour,
Je suis le premier signataire de la déclaration dont le Journal du Développement Durable rend ici compte et, si je ne suis pas surpris des premières réactions que je lis ici (Jean-Claude, Khaled) car, malheureusement, elles ne sont que trop fréquentes, je ne cesse de m’interroger sur les cheminements mentaux qui y conduisent.
Nombre de citoyens, victimes de la communication de la peur, veulent entendre dire que les OGM sont nuisibles pour la santé et pour l’environnement, et au minimum, pour ceux qui préfèrent se réfugier dans une position agnostique, veulent entendre dire qu’à tout le moins il y a des incertitudes telles qu’une prudence de bon aloi, intitulée pour l’occasion "principe de précaution", suggère de ne rien faire pour mettre à profit ce gel/suspension/moratoire pour en savoir un peu plus. Et quand il se trouve que des scientifiques disent le contraire ils sont immédiatement taxés d’être vendus au "géant américain Monsanto".
C’est assez hallucinant.
Il convient quand même de dire l’histoire et non de s’inventer des scénarios. Le moratoire en Europe il a déjà eu lieu. Il a été institué en 1997. Ces années ont été mises à profit pour faire des recherches - que Bové et consorts ont tout fait pour essayer d’empêcher en détruisant non seulement les essais aux champs mais des serres en milieu confiné comme au CIRAD -. Des rapports ont donc été produits, par l’académie des sciences, par l’académie de médecine. Les débats publics ont eu lieu, à l’assemblée nationale, au Sénat, au Conseil Economique et Social. A chaque fois toutes les parties intéressées (y compris Greenpeace, la Confédération Paysanne et toutes les ONG opposées aux biotechnologies) ont été entendues. Tout cela se retrouve consigné dans des rapports, rapports disponibles sur internet. Des commissions d’experts indépendantes (autrement dit issus de la Recherche publique) ont été installées pour évaluer les produits proposés à la culture ou à la consommation par les entreprises privées (Monsanto et beaucoup d’autres). Ces commissions ont fait leur travail. Elles ont conclu, par exemple, à recommander l’autorisation de culture de certaines plantes (comme les maïs rendus résistants à la pyrale et à la sésamie, les maïs dits Bt, dont le Mon810 mais d’autres également), et à déconseiller l’autorisation de culture de certaines autres plantes (comme le colza rendu résistant aux herbicides, car posant, là, des problèmes de dissémination qui n’existent pas, dans nos contrées, avec le maïs). Parmi les rédacteurs de la déclaration ici rapportée figurent effectivement nombre de membres de ces commissions, dont l’ancien président de la commission du génie biomoléculaire (le professeur Marc Fellous de l’hôpital Cochin) et le président du comité biotechnologies de l’agence française de sécurité sanitaire des aliments (Philippe Joudrier).
Plusieurs centaines de scientifiques, directeurs de recherches à l’INRA, au CNRS, à l’INSERM, au CIRAD, à l’IFREMER, etc. ont co-signé en l’espace de dix jours la déclaration qui est faite. Tout simplement parce qu’elle est factuelle.
Contrairement à ce que vous suggérez, nous n’avons rien à vendre.
Vous affirmez que les citoyens de notre pays ne veulent pas des biotechnologies ; je ne suis pas aussi affirmatif que vous ; je pense que la plupart des habitants de notre pays sont dans l’expectative ; ils ne sont effectivement pas rassurés car ils sont évidemment sensibles à la propagande de la peur qui est réalisée ; la question qui est soulevée aujourd’hui pour la culture de ce maïs (car, dans la pratique il n’y a que la culture d’un maïs qui est d’actualité) est exclusivement politique ; les politiciens essaient de se retrancher derrière de prétendues "incertitudes scientifiques" ; les activistes anti-OGM mettent en avant des études pseudo-scientifiques à l’appui de leur message de peur.
Les scientifiques pèsent une voix comme chaque citoyen ; ils n’ont pas dire à la Représentation Nationale ce qu’ils doivent décider ; les députés et les sénateurs décideront ce qu’ils voudront, ils sont élus pour cela ; ce que nous disons c’est qu’on ne nous fera pas prendre des vessies pour des lanternes ! Il s’agit de décisions politiques et elles doivent être assurées pour ce qu’elles sont. Les prétendues incertitudes scientifiques mises en avant pour l’habillage de la communication politique n’existent pas, elles sont imaginaires voire mensongères.
Oui nous affirmons que le maïs génétiquement modifié pour résister aux insectes ravageurs du maïs ne génèrent pas plus de risques que les maïs conventionnels (= usuels) ; au contraire même, l’impact environnemental de ces maïs, en particulier sur la faune, est moindre que celui des méthodes de culture par épandage d’insecticide ; et sur le plan sanitaire ces maïs contiennent moins de mycotoxines. Ce sont des faits. Que cela plaise ou que cela ne plaise pas, c’est autre chose mais ce sont des faits.
Il n’y a donc pas de fondement scientifique aux mesures discriminatoires qui sont envisagées dans le projet de loi actuel, et encore moins à un éventuel moratoire ou à la mise en oeuvre éventuelle d’une clause de sauvegarde.
On peut trouver d’autres fondements, politiques, religieux, philosophiques, esthétiques, ludiques, ce que vous voulez ... mais pas de fondements scientifiques. Cela fait plus de quinze ans maintenant que ces plantes sont en culture et sont consommés par des millions d’être humains et quoptidiennement des centaines de millions d’animaux d’élevage et il n’a pas été possible d’attribuer ne serait-ce qu’un mal de tête à la consommation d’une plante génétiquement modifiée autorisée à la culture et à la consommation ... OPEN YOUR MIND !
Michel